Pourquoi calculer son TJM est essentiel quand on est freelance
Fixer son TJM ne se résume pas à choisir un chiffre qui “sonne bien”. C’est un calcul stratégique qui détermine votre rentabilité, votre qualité de vie et la pérennité de votre activité.
Éviter de sous-facturer (et de s’épuiser)
La sous-facturation est le piège numéro un des freelances, surtout au démarrage. On veut décrocher des missions, on a peur de faire fuir les clients, alors on baisse ses prix. Le problème ? Pour atteindre un revenu correct, vous devez enchaîner les missions sans pause. Vous travaillez plus, vous gagnez moins par heure effective, et vous n’avez plus le temps de développer votre activité.
Un TJM bien calculé vous permet de travailler moins mais mieux. Vous pouvez refuser les missions sous-payées, investir du temps dans la prospection qualitative, et garder de l’énergie pour vos projets personnels.
Anticiper ses charges et ses revenus nets
En freelance, le chiffre d’affaires n’est pas le revenu. Entre ce que vous facturez et ce qui arrive sur votre compte personnel, il y a un écart significatif : cotisations sociales, impôts, frais professionnels, mutuelle, prévoyance, outils, comptabilité…
Selon votre statut (micro-entreprise, EURL, SASU), les charges varient entre 22% et 50% de votre CA. Sans calcul précis, vous risquez de mauvaises surprises en fin d’année. Un simulateur de revenus freelance vous aide à visualiser votre revenu net réel avant de fixer vos tarifs.
Comment calculer son TJM freelance : la méthode pas à pas
Oubliez la méthode “ancien salaire ÷ 20 jours”. Elle ne tient compte ni des charges, ni des jours non facturés, ni de vos objectifs personnels. Voici la bonne approche.
Étape 1 – Définir son revenu net cible
Commencez par la fin : combien voulez-vous gagner net par mois ? Ce montant doit couvrir vos dépenses personnelles (loyer, alimentation, loisirs, épargne) et vous permettre de vivre sereinement.
Soyez réaliste mais pas timide. Si vous viviez avec 2 500 € net en tant que salarié, viser 2 500 € net en freelance est un minimum. Vous perdez les avantages du salariat (congés payés, chômage, stabilité), donc votre rémunération doit compenser.
Étape 2 – Estimer ses charges (cotisations, frais pro, outils…)
Listez toutes vos charges prévisibles sur l’année :
Charges obligatoires :
- Cotisations sociales (URSSAF) : environ 22% en micro-entreprise, 40-45% en société
- Impôt sur le revenu (ou IS en société)
- CFE (Cotisation Foncière des Entreprises)
Frais professionnels :
- Outils et logiciels (hébergement, Figma, IDE, logiciel de facturation…)
- Comptable (si vous êtes en société)
- Mutuelle et prévoyance
- Coworking ou frais de bureau à domicile
- Formation continue
- Matériel informatique (amorti sur plusieurs années)
Additionnez le tout pour obtenir vos charges annuelles. En micro-entreprise, comptez environ 25-30% de charges globales. En SASU ou EURL, prévoyez plutôt 45-55%.
Étape 3 – Calculer ses jours réellement facturables
C’est souvent là que le calcul dérape. Une année compte 365 jours, mais vous ne facturerez pas 365 jours. Ni même 250 (jours ouvrés classiques).
Faisons le calcul réaliste :
- 365 jours dans l’année
- − 104 jours de week-end
- − 25 jours de congés (minimum vital)
- − 10 jours fériés
- − 5 jours de maladie (en moyenne)
- − 30 à 50 jours non facturés (prospection, administratif, formation, creux d’activité)
Résultat : entre 170 et 200 jours facturables par an.
Les freelances débutants surestiment presque toujours ce chiffre. Mieux vaut partir sur 170 jours et avoir de bonnes surprises que l’inverse.
Étape 4 – Appliquer la formule du TJM
La formule est simple :
TJM = (Revenu net cible + Charges annuelles) ÷ Nombre de jours facturables
Exemple concret :
- Revenu net cible : 3 000 € / mois = 36 000 € / an
- Charges estimées (45%) : 29 450 €
- Total à facturer : 65 450 €
- Jours facturables : 180
TJM = 65 450 ÷ 180 = 364 €
Pour atteindre 3 000 € net par mois en société, ce freelance doit facturer au minimum 365 € par jour. S’il facture 300 €, il lui manquera plus de 10 000 € sur l’année.
Déjà téléchargé par 500+ freelances : la liste des 70 upsells qui ajoutent 300 à 500€ à chaque projet.
TJM freelance : les erreurs courantes à éviter
Même avec la bonne formule, certains pièges peuvent fausser votre calcul.
Oublier les jours non facturés (prospection, admin, congés)
Beaucoup de freelances calculent leur TJM en divisant par 220 jours (nombre de jours ouvrés). C’est une erreur. Vous ne facturez pas quand vous prospectez, quand vous faites votre comptabilité, quand vous êtes malade ou quand vous prenez des vacances.
Un freelance bien organisé passe 20 à 30% de son temps sur des tâches non facturables. Intégrez cette réalité dans votre calcul, sinon vous vous retrouverez à travailler les week-ends pour compenser.
Ne pas inclure toutes ses charges
La TVA reversée n’est pas une charge (vous la collectez pour l’État), mais tout le reste compte : l’abonnement Spotify que vous utilisez en travaillant, le café au coworking, les livres professionnels, les déplacements clients…
Faites l’exercice de lister toutes vos dépenses liées à l’activité sur les 12 derniers mois. Vous serez probablement surpris du total.
Se comparer aux salariés sans convertir
“Mon ami développeur gagne 45 000 € brut par an, donc je devrais facturer pareil.” Non. Un salaire brut de 45 000 € représente un coût employeur d’environ 60 000 € (charges patronales incluses). Sur 218 jours travaillés, cela donne un équivalent TJM de 275 €.
Mais ce salarié a aussi des congés payés, une mutuelle prise en charge, des cotisations retraite, une assurance chômage. Pour avoir une protection équivalente, le freelance doit facturer significativement plus. Un TJM de 350-400 € n’est pas “cher” : c’est l’équivalent réel d’un salaire de 45 000 €.
Quel TJM selon votre métier dans le web ?
Les tarifs varient selon l’expertise, l’expérience et la spécialisation. Voici les fourchettes observées sur le marché français en 2024-2025 pour les métiers du web.
Le TJM d’un développeur freelance
| Type | TJM |
|---|---|
| Développeur junior (0-2 ans) | 250-350 € / jour |
| Développeur confirmé (3-5 ans) | 400-550 € / jour |
| Développeur senior / expert (6+ ans) | 550-800 € / jour |
| Spécialisations premium (Rust, DevOps, Blockchain) | 600-1000 € / jour |
Les développeurs full-stack et back-end facturent généralement plus que les intégrateurs front-end purs. Les expertises rares (Salesforce, SAP, sécurité) permettent des TJM supérieurs.
Le TJM d’un designer / UI-UX freelance
| Type | TJM |
|---|---|
| UI Designer junior | 250-350 € / jour |
| UI/UX Designer confirmé | 350-500 € / jour |
| UX Designer senior / Lead | 500-700 € / jour |
| Product Designer expert | 600-850 € / jour |
Le design thinking et la capacité à mener des recherches utilisateurs font grimper les tarifs. Un designer qui livre des maquettes Figma facture moins qu’un UX qui pilote la stratégie produit.
Le TJM d’un consultant SEO / SEA freelance
| Type | TJM |
|---|---|
| Consultant SEO junior | 300-400 € / jour |
| Consultant SEO confirmé | 400-600 € / jour |
| Expert SEO / SEA senior | 600-900 € / jour |
| Consultant Analytics / Data spécialisé | 500-800 € / jour |
Les profils capables de gérer SEO technique, sémantique et stratégie de contenu se positionnent plus haut. L’expertise Google Ads sur des budgets importants justifie aussi des TJM premium.
Le TJM d’un chef de projet / Product Owner freelance
| Type | TJM |
|---|---|
| Chef de projet digital junior | 300-400 € / jour |
| Chef de projet confirmé | 400-550 € / jour |
| Product Owner / Product Manager | 500-700 € / jour |
| Head of Product / Directeur de projet | 700-1000 € / jour |
L’expérience en gestion d’équipes techniques et la connaissance des méthodologies agiles (certifications Scrum, SAFe) augmentent la valeur perçue.
TJM vs taux horaire : que choisir ?
Le TJM reste le standard dans les métiers du web, notamment pour les missions longues et les ESN. Mais certains contextes se prêtent mieux au taux horaire.
Avantages du TJM :
- Plus simple à négocier avec les clients
- Donne de la flexibilité sur l’organisation de la journée
- Standard du marché pour les missions en régie
Avantages du taux horaire :
- Plus précis pour les petites interventions
- Adapté au support ou à la maintenance
- Permet de facturer les dépassements
Règle de conversion : divisez votre TJM par 7 (pas 8) pour obtenir votre taux horaire. Une journée de travail effectif dépasse rarement 7 heures productives.
Pour la plupart des freelances web, le TJM reste le meilleur choix. Il simplifie les devis, les négociations et la gestion du temps.